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Alexandre Soljenitsyne et le confinement

Ils ont traversé la peur !

« Je vivais comme si les fils barbelés n’existaient plus,

j’étais constamment en train de fuir au loin,

une évasion que les gardiens ne pouvaient pas remarquer. »

Dépasser les contingences matérielles et se forger un esprit libre !

Soljenitsyne lucide : En prison et en apprentissage

Mémoire du XXème siècle de la Russie et des temps de détresse, Alexandre Issaievitch Soljenitsyne (1918-2008) a connu une vie extraordinaire : la guerre, le goulag, la maladie, la dissidence et la célébrité. Il explique sa profusion littéraire et son talent protéiforme par un « ressort intérieur » qui ne le quitte jamais, acquis dans les conditions d’emprisonnement les plus difficiles.

Soljenitsyne a toujours dit qu’il avait eu une enfance de pauvre. Dans ces conditions, « on ne devient pas seulement un bon mais un excellent élève ». Brillant mathématicien, passionné de théâtre et de football, il se marie en 1941 et s’engage dans l’armée pour combattre. « Impossible d’être un grand écrivain en Russie, si on n’est pas allé au front » écrit-il à sa femme.

Dans une lettre à un ami, il commet l’imprudence d’analyser la situation militaire du pays et émet des doutes sur la capacité de stratège de Staline (sans jamais le nommer). Il suggère même la création d’un nouveau parti politique !

En février 1945, il est arrêté « à cause de sa naïveté » dit-il.

Il arrive dans une prison, La Loubianka non loin de la maison maternelle.

Cette prison se révèle une découverte. Il est ébahi face à la diversité de personnes qui s’y trouve et en ressent une excitation intellectuelle et émotionnelle. Il lance des débats passionnés, sous forme de conférences, des lectures publiques, d’échanges d’ouvrages, des résumés de lectures. Il donne un nom à cette première incarcération, révélateur de son sentiment de plénitude : « Première cellule, premier amour. »

La leçon n°1 de Soljenitsyne : Expérimentez la liberté de parole et d’échange

  • Et vous, au bout de ce mois de confinement, avez-vous tenté d’ouvrir avec des personnes différentes de vous (voisins, collègues) des discussions ,d’échanger des lectures, de découvrir ce qui les passionne et de les écouter ?
  • Est-ce une expérience qui pourrait vous rendre enthousiaste ?

Soljenitsyne, l’athlète des mots : occupez vos mains et libérez l’esprit

Retrouvons Soljenitsyne incarcéré et se dirigeant vers le goulag.

Il est transporté avec ses camarades dans un fourgon à bestiaux avec 450grammes de pain par jour. Ils sont devenus des « ZEC », c’est à dire des prisonniers du goulag. Il découvre la réalité concentrationnaire de ces camps et décide d’apprendre le métier de maçon.

Ce métier exige une concentration manuelle qui lui libère l’esprit. En posant les pierres avec minutie, son esprit apprend des vers pour entrainer sa mémoire. Il découvre la capacité prodigieuse de la mémoire humaine. Il y range des strates de textes, jusqu’à 8000 vers. Le soir venu, ces mots accumulés se couchent sur le papier.

La leçon n°2 de Soljenitsyne : Entrainez votre mémoire avec l’aide de votre corps et l’anxiété s’estompe

  • C’est le moment, tout en préparant le repas, en rangeant, en nettoyant de vous lancer ce nouveau défi : choisissez un texte, un poème qui vous fait du bien et apprenez le tout en bougeant.
  • Qu’est-ce qui se passe pour vous ?

Soljenitsyne l’observateur distant et précis : Valoriser les détails

Retrouvons Soljenitsyne dans ce camp du Kazakhstan.

Il observe et décrit les « ZEC » qui ne sont ni des criminels, ni des prisonniers politiques. Ce sont des « innocents » des citoyens qui se trouvent en prison sans très bien savoir pourquoi, victimes de décisions arbitraires et infondées.

Il poursuit la description minutieuse du quotidien carcéral, les conversations entre détenus, les disputes à propos de tout et de rien, leurs ressources insoupçonnées, leurs attitudes et comportements.

Ecrire est une façon de s’extirper des contraintes, une tentative d’évasion mentale.

« Je vivais comme si les fils barbelés n’existaient plus, j’étais constamment en train de fuir au loin, une évasion que les gardiens ne pouvaient pas remarquer. »

Il commence aussi à réfléchir sur le bonheur

« Pour comprendre la nature du bonheur, il faut d’abord analyser la satiété. La satiété ne dépend absolument pas de la quantité que nous mangeons, mais de la façon dont nous mangeons. C’est la même chose avec le bonheur. Il ne dépend pas du nombre de bienfaits extérieurs que nous avons arrachés à la vie. Il dépend uniquement de notre attitude envers eux ».

C’est donc l’attitude qui fait le bonheur et non les contextes de vie ou les contingences du quotidien.

La leçon n°3 de Soljenitsyne : Prendre le temps (on l’a) de se poser ces trois questions

  1. Que vous inspire ces écrits et réflexions d’Alexandre Soljenitsyne ?
  2. Y-a-t-il pour vous des bénéfices à se représenter les choses ainsi ? et si vous lesquels ?
  3. Y-a-t-il des inconvénients pour vous ? et lesquels ?

Soljenitsyne l’écrivain rassembleur

« Un écrivain doit être pour son pays un principe de rassemblement et non de désunion ».

Soljenitsyne est relâché en 1953 et exilé dans le village de Kok-Terek, au Kasakhstan. Devenu instituteur ; il écrit comme un forcené dans la clandestinité. Son premier livre « Une journée d’Ivan Denissovitch » voit bientôt le jour. Le récit est publié en décembre 1962 dans la revue Novy Mir et fait très rapidement le tour du monde.

Soljénitsyne laisse émerger sa nécessité intérieure : témoigner au nom des siens, écrire contre l’oubli.

Il devient le réceptacle de toute une mémoire collective, le porte-voix de tout un peuple.

De ses années de prison, il mentionne « que c’est sur la paille pourrie que j’ai ressenti les premiers signes du changement ».

Il nous offre aujourd’hui, une façon toute personnelle mais intéressante de vivre le confinement.

« Même si le corps est limité dans ses mouvements, les pensées ne se heurtent à aucun mur, plus libres que jamais : prêtes à suivre des cheminements nouveaux, à défricher des terrains inconnus, à dépasser les idées préconçues »

La leçon n°4 d’Alexandre Soljenitsyne : Retrouvez les sens de la Vie

Inspirer et expirer longuement puis lisez cette phrase, tirée de son livre « Le Pavillon des cancéreux »

« La vie, la liberté, c’est savoir découvrir la beauté d’un abricotier en fleurs, les saveurs oubliées d’une brochette de viande et d’autres joies dans un monde qui vient de naitre… »

Pour sortir du stress généré par LE COVID 19, faites comme Alexandre Soljenitsyne

  1. Expérimentez la liberté de parole et d’échange
  2. Entrainez votre mémoire avec l’aide de votre corps et l’anxiété s’estompe.
  3. Prendre le temps (on l’a) de se poser des questions essentielles
  4. Retrouvez les sens de la Vie

Pour en savoir plus :

  • Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du goulag, Points, 2014.
  • Bertrand Le Meignen, Alexandre Soljenitsyne, sept vies en un siècle, Actes Sud, 2011.
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